30/11/2006

De Forest, de VW et de l'Europe - en passant par Charleroi

La casse sociale chez Volkswagen-Forest est évidemment terrible. Malheureusement, elle a entraîné aussi une casse intellectuelle assez fâcheuse, avec le grand rassemblement des Nonistes agitant leur juste cause antilibérale.
On pouvait s'y attendre, c'est M. Hutchinson qui, parlementaire socialiste européen et par ailleurs grand défenseur du service public postal - dont le belge, que le monde entier nous envie - c'est disais-je M. Hutchinson lui-même qui est monté au créneau avec quelques-uns de ses collègues nationaux pour dénoncer le manque d'Europe sociale. Et c'est parti sur les délocalisations, les patrons-voyous, les actionnaires potentats etc.
J'entendais récemment Mateo Alaluf - qui n'est pas précisément un dangereux libéral ! - analyser le discours sur les délocalisations ; pour lui, il ne s'agit que d'un discours de chantage patronal (on peut être prof et syndicaliste) car les chiffres prouvent que l'impact réel des délocalisations est faible, voire très faible.
Alors, hier, j'ai eu le fou-rire de ma vie en entendant un ministre (ou sous-ministre, je ne sais plus) annoncer gravement qu'il allait proposer qu'une entreprise bénéficiaire ne pourrait licencier qu'après examen et autorisation de l'Etat - il reprenait en l'allégeant quelque peu le programme des Besancenot, Laguillier et consorts. La Belgique, trotskiste ?! Non, peut-être !On imagine le topo, quand les entreprises seront gérées comme on le fait si bien à Charleroi (et pas seulement là, d'ailleurs, si j'en crois un des experts conseillant l'audit).

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28/11/2006

De l'utilité du blasphème

ramaPatrick Declerck a récemment livré au "Monde" un petit papier assez gratiné, "du blasphème comme nécessité" (je cite "Le Monde" une fois de plus, mais le texte en question se trouve dans d'autres revues, comme ici).
Je pense que l'argumentation de l'auteur est impeccable, même si la forme est quelque peu provocante - mais après tout le pamphlet est une sorte de blasphème, et il est donc nécessaire lui aussi.
Les répliques n'ont pas manqué, et il en est une classe qui a fait son apparition il y a déjà quelques années, celle des "non-aux-intégristes-de-la-laïcité" ; la première fois que je l'ai entendue, c'était, si je ne me trompe, de la bouche de Philippe Sollers lors de la venue de Jean-Paul VI à Paris. Il se moquait de la contre-manifestation montée par je ne sais quel collectif comme il en existe tant en France, et qui s'était soldée par un échec. Passe encore pour cela, ce genre de manif me semblant effectivement un peu d'un autre âge - et pour tout dire, j'ai horreur des manifs (payé pour, si vous voyez ce que je veux dire).
Mais cette critique s'est lentement dirigée vers tout ce qui pourrait être ressenti par n'importe qui comme "offensant" par rapport à sa religion, à sa philosophie, à ses croyances, à ses convictions. L'intolérable justifié par la tolérance.Intolérable, donc (j'en ai déjà parlé, le blasphème est toujours réprimé dans certains des pays de l'UE).
Cependant, je me séparerai de Patrick Declerck sur un point, c'est lorsqu'il dit "J’ai déjà eu l’occasion de dire dans ces colonnes ma détestation de l’islam en particulier et des autres monothéismes en général". Pourquoi se limiter aux monothéismes ? L'hindouisme est suffisamment grotesque, contraignant et sectaire pour rivaliser avec ceux-ci, et même pour recevoir le "prix de la religion la plus c..." des mains de Michel Houellebecq.

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21/11/2006

Alors, la morue, on tapine ? (suite)

codBen voilà, il ne m'aura pas fallu attendre longtemps :
Après le cabillaud, le sabre noir : la France, dont les pêcheurs ont été parmi les premiers à se tourner vers la pêche en eaux profondes, au début des années 1990, lorsque la ressource en merlu ou en sole a commencé à se raréfier, s'oppose à ce que l'Union européenne limite ce nouveau type de pêche pour protéger les écosystèmes des grandes profondeurs.Alors que tous les candidats à la présidentielle française multiplient les professions de foi sur l'environnement, le ministre Dominique Bussereau a dit non, lundi 20 novembre à Bruxelles, lors du Conseil des ministres de l'agriculture et de la pêche, à un texte qui préconisait de diminuer d'environ 30 %, par rapport à 2006, les prises de requins des profondeurs, de lingue bleue, d'hoplostète orange. Ce texte, rédigé par la présidence finlandaise de l'Union, était pourtant moins dur que celui qu'avait initialement proposé la Commission.
Le gouvernement français, qui, avec les autres pays du sud, n'a cessé ces dernières années de freiner la réduction des autorisations de prises en eaux peu profondes, est en tête du front du refus. Elle dispose de la plus grosse flotte européenne de chaluts de fonds, avec une cinquantaine de bateaux qui opèrent dans l'Atlantique nord depuis Boulogne, Concarneau, Lorient ou Le Guilvinec. Cette activité représente, de source officielle, mille emplois directs à bord, et deux mille emplois indirects. Paris est soutenu par l'Espagne, le Portugal, la Pologne et la Lituanie : des pays dont les gouvernements "ont continuellement ignoré les avis scientifiques sur l'état critique des stocks de pêche !", proteste l'ONG Oceana.
"Les avis scientifiques sont sujets à caution", s'est justifié un diplomate français, à l'encontre du principe de précaution tant affirmé aujourd'hui. "Il faut avoir à l'esprit les questions environnementales mais aussi les questions socio-économiques", a-t-il dit. Pour Oceana, "le fait que les bateaux ont, en 2006, pêché beaucoup moins que ce qui était autorisé prouve néanmoins que la ressource s'épuise".

16:48 Écrit par dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/11/2006

Des Souris, des Hommes et des OGM

DNALors d'une présentation d'un livre il y a quelques jours, un jeune biologiste abordant le sujet du biomimétisme avouait son peu d'enthousiasme - pour ne pas dire plus - envers le génie génétique moderne (càd les recombinants, pour être précis), arguant du fait que la Nature n'avait jamais entrepris ce genre d'expérimentation, à savoir l'incorporation d'ADN d'organismes très éloignés, et que donc il restait très prudent voire carrément hostile à cette pratique.Sa remarque m'a laissé songeur. Tout d'abord, cette personnalisation plus ou moins téléologique de "la Nature", habituelle chez les écolos les plus ultras, et qui prend un peu la place du Bon Dieu barbu trônant sur un nuage ; c'est très naïf, mais sans doute chevillé à l'esprit des hommes. Mais surtout, c'est parfaitement erroné ! D'abord, les mitochondries et les chloroplastes ça fait un peu désordre ; je reconnais cependant que ce n'est pas tout à fait la même problématique.Encore que. Mais ça fait tout de même un certain temps qu'on connaît la présence des introns au sein de l'ADN des eukariotes, et ces introns sont souvent des fossiles d'ADN provenant entre autres de virus ; ces mêmes virus sont innombrables et utilisent sans vergogne la machine génétique pour se reproduire ; les plasmides/bactéries, les transposons et les pseudo-gènes etc., tout montre bien que dans la nature il existe une multitude de manières d'exploiter le génome d'une espèce éloignée, mais curieusement, la seule qui à ma connaissance n'existe pas, c'est bien celle qui est prônée par les mêmes contempteurs d'OGM, à savoir la sélection artificielle - car il faut tout de même garder à l'esprit qu'à peu près aucun de nos aliments ou de nos animaux familiers n'est "naturel" ! Si vous mangez des pommes 100% "bio", dites-vous bien qu'elles ne sont qu'un fruit "inventé" par l'homme, et encore, il n'y a pas si longtemps de ça...

16:23 Écrit par dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/11/2006

La Cène déménage

ceneD'accord, même l'almanach Vermot n'en voudrait pas, mais j'ai pas pu m'en empêcher...Tout ça parce que j'ai le coeur en fête, la Cour de cassation a cassé, rompu, piétiné, déchiré, émietté (on pourrait continuer longtemps, mais j'ai trop le souci du lecteur pour abuser de sa patience) les jugements successifs (instance et appel) interdisant l'affichage de cette excellente pub, fille de Marithé et François Girbaud par agence Air Paris interposée (si l'on ose dire, et j'ose).
Jugements ridicules et - n'ayons pas peur des mots - scélérats et liberticides (on sait que les Français raffolent de ces deux termes et j'avoue qu'ils me font plaisir aux oreilles ; Jacques Perret rappelait le plaisir à utiliser ces mots légèrement désuets, comme "soubrette" ou "pistole", et comme je le comprends...).
Bien ; à faire tant de digressions, on ne comprendra plus rien.
Donc, voilà, les pisse-vinaigres et les intégristes cathos n'ont qu'à ravaler leur rage ; eat your heart out, dummies ! Ils vont se rendre demain chez leurs homologues islamiques pour faire imposer une loi anti-blasphème, je suppose. Après tout, il en existe bien dans plus d'un pays européen...
Oui, vraiment, aujourd'hui je me sens d'humeur badine...

14:42 Écrit par dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Alors, la morue, on tapine ?

codIl est-y pas joli, ce poisson ? Alors regardez-le bien, parce que vous risquez - enfin vous ou vos enfants - de ne plus en voir bézef.Le cabillaud se meurt, et personne ne peut dire "Ah bon ? Mais je ne savais pas...". Les énormes réserves de Terre-Neuve ont été réellement épuisées, et malgré plus de dix ans d'interdiction de pêche les stocks ne se sont toujours pas refaits, peut-être à jamais si l'on en croit les experts les plus pessimistes.
Mais ne vous en faites pas, quand les Ministres se rassembleront le mois prochain au Juste Lipse, ils alloueront tout de même des quotas beaucoup trop élevés et râtisseront encore les mers - après tout, Kyoto, c'est loin, c'est 2012, c'est anonyme, et ça permet même à M. Mittal de se faire une fortune en tradant les droits à pollution des aciéries russes qu'il a rachetées ; mais évidemment, les pêcheurs ce sont des familles - accessoirement, mais alors très accessoirement, des électeurs aussi. Et vous entendrez Monsieur Chichi ("ah, celui-là !") tonner contre l'Ifremer et la classe scientifique dans son ensemble...

12:08 Écrit par dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/11/2006

Black-out à tous points de vue

HTUn petit fait - enfin, tout de même un assez gros fait divers - et qui génère cinquante interprétations, toutes contradictoires, bien évidemment.
La première explication que j'ai entendue, c'était sur les ondes de la RTBF : le parc d'éoliennes du nord de l'Allemagne aurait été privé de vent ; le refroidissement soudain de la température créant un besoin accru de courant, il fallait en importer et voilà le travail.
C'était un peu gros, tout de même, encore que cette explication avait le mérite de rappeler que les éoliennes ont une faible marge de manoeuvre.
Et puis, il est apparu que la panne avait inexplicablement suivi une coupure de cable décidée pour faire passer un navire - inexplicablement, car une telle manoeuvre est paraît-il assez routinière.
Evidemment, les anti-nucléaires ont estimé que c'était la faute aux centrales nucléaires ("des colosses aux pieds d'argile"). Les souverainistes ont blâmé l'interconnexion des réseaux. La CGT a blâmé la dérégulation. Les transporteurs de courant ont blâmé l'excès de mauvaise régulation. Tout le monde a blâmé les électriciens de ne pas avoir investi et de s'être occupés uniquement des profits.
On ne sait toujours pas dans le détail ce qui s'est passé ; à vrai dire, on ne sait toujours pas pourquoi les centraux téléphoniques fonctionnent et pourquoi le Net ne crashe pas plus souvent. Ce sont des systèmes stochastiques sans doute non-markoviens, extrêmement difficiles à modéliser. Il semble que le réseau européen se soit brutalement scindé en trois sous-réseaux indépendants (désynchronisés en fréquence !) ; il va de soi qu'aucune des explications simplettes ne tient la route, elles ne sont mises en avant que pour des raisons politiques.
A ce propos, j'ai adoré cet affreux cliché "colosse aux pieds d'argile" ; le Monde Diplo de ce mois en portait un autre en couverture : "apprentis sorciers"... Quand on lit ce genre de formule, on comprend immédiatement à quoi on a affaire.

11:45 Écrit par dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/11/2006

C'est plus de la langue de bois, c'est de la langue de Formica...

riziereLe directeur du CNCD (vous savez, le célèbre onze onze onze) était interviewé ce midi en vue de la prochaine campagne, et justement, il en parlait des campagnes, de celles qui produisent de la nourriture, et qui en produisent bien peu pour ceux qui y travaillent - je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, c'est pourtant simple : les paysans des pays pauvres sont encore plus pauvres que les autres. Cruel paradoxe, et effectivement assez scandaleux. Mais pourquoi fallait-il que, non content d'utiliser cette misérable dichotomie Nord/Sud ("les pays du Sud"), le bonhomme utilise la bonne vieille attaque devenue maintenant traditionnelle - non seulement chez les gens "de gôche" mais aussi dans toute ONG ou dans tout mouvement platement caritatif - contre la "libéralisation mondiale".Non, non, pas contre l'ultralibéralisme, ou les excès du néolibéralisme ; la libéralisation, point. Or, ce monsieur n'est certes pas un idiot, il doit bien savoir que les pays pauvres se battent à l'OMC pour obtenir justement que les USA et l'Europe ouvrent leurs frontières, donc pour plus de libéralisme... On sait aussi que la question est assez controversée sur l'ampleur des bénéfices à attendre d'une telle ouverture hypothétique et très improbable ; mais il est certain que le protectionnisme vigoureux des deux larrons précités est un très mauvais remède à la malnutrition des paysans pauvres.
Mais voilà , c'est comme le bac chez Flaubert : "Libéralisme : tonner contre".

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