18/01/2007

5 ans d'euro

euroJ'ai toujours beaucoup aimé la photo ; c'est dans la famille, depuis mon grand père qui avait monté son labo amateur dans les années '80 (dix-huit cent, bien sûr) jusqu'à ma fille cadette dont c'est le métier. Et, au début des années '80 (dix-neuf cent, évidemment) est apparue sur le marché amateur une machine merveilleuse, la Durst RCP-40, qui permettait enfin de faire des tirages couleur en automatique : on déposait le papier insolé dans une boite étanche à la lumière et, presto ! il réapparaissait comme par miracle prêt à être rincé. Enfin, presto, c'est un peu exagéré, ça prenait tout de même une dizaine de minutes, si j'ai bonne mémoire ; mais pour ceux qui venaient comme moi du système des cylindres tournants, c'était un réel progrès.
Donc, à moi les week-ends entiers en chambre noire, depuis le vendredi en fin d'après-midi jusqu'au dimanche au milieu de la nuit. Et, quoi qu'on puisse penser, on s'ennuie un peu dans une chambre noire ; alors, on écoute la radio, et justement, dans ces années 80, je tombais souvent sur la même émission (non, je ne parle pas de "Idem" et de son Heure Noire) :
- le vendredi, en début de soirée, les ministres des Finances européens débarquaient subrepticement au Charlemagne
- le samedi soir, ou parfois le dimanche, on annonçait sobrement les résultats : telle monnaie dévaluait d'autant, telle autre s'appréciait d'autant ; gémissements par ci, grommellements par-là, quelques-uns se frottaient les mains
- le lundi matin, la presse commentait longuement et les politiques grinçaient des dents.
Pour les plus jeunes, je dirai que ça s'appelait "dévaluation compétitive". En fait, c'était le boxon.
Puis, un jour, Jacques Delors mit en chantier le marché unique et la monnaie unique (je fais court) ; ça semblait aller de soi pour ceux qui avaient l'esprit européen ! mais ça n'allait pas du tout de soi, et si vous connaissez un membre du cabinet Delors, demandez-lui ce qu'il en pense...
Delors n'était pas un économiste, c'était un homme d'Etat ; aucun de ses deux projets n'avaient été bien accueillis par de nombreux économistes, et Milton Friedman avait bien ricané en pariant que l'Euro mourrait en gestation - il n'en était pas à sa première bévue.
1/1/1999 : l'euro entre en scène, mais les dénominations nationales restent en circulation
1/1/2002 : les pièces et les billets arrivent... Je me souviens d'avoir été tirer mes premiers euros au Bancontact près de chez moi vers deux heures du matin !
A l'époque, quelque 60% des citoyens de la zone euro étaient "pour" ; aujourd'hui, ce taux est tombé sous la barre des 50%... Pas évidemment quand les gens voyagent, soit dans une grande partie de l'Europe (plus de change !) ou même n'importe où dans le monde (on accepte les euros aussi bien que les dollars, plus besoin de faire un change intermédiaire ou de se contenter d'un taux ridicule !). Non, tous les autres jours, parce qu'il faut bien accuser quelque chose ou quelqu'un.
Aucun économiste n'a pu montrer autrement que par des effets de manche que l'euro serait responsable de l'inflation (qui est contrôlée comme jamais) - pardon, "de la vie chère" puisque c'est comme ça que ça se dit au peuple, hein, Mame Royal ? - ou d'un manque de compétitivité, ou du chômage, ou de la pollution des rivières et du retour des castors. Il y a très peu de temps, le dollar avait filé sous les 1/1.33 et on entendit (surtout en France) de grands cris : il fallait ramener ce traître de Trichet à la raison - avant lui, on voulait la peau de Duisenberg - et c'était scandaleux de laisser la bride sur le cou à ces irresponsables de la BCE qui n'étaient même pas élus ! On sait que ce genre d'argument abominablement démagogique fleurit régulièrement ; on l'entend invoquer aussi par les ONG qui ont généralement les organismes internationaux en exécration, mais qui vous diront toujours en privé qu'après tout, heureusement que les techniciens-bureaucrates ne doivent pas se faire réélire et peuvent donc se payer le luxe de ne pas être populaires... Depuis, le dollar est très nettement remonté, et les piailleries ont cessé, bizarre...
Quand je vais à Madagascar, les porteurs me demandent des euros et la Banque centrale malgache s'est constitué une réserve non négligeable de notre monnaie ; à vrai dire, les banques centrales des pays émergents stockent l'euro à concurrence d'environ 30% de leurs réserves. Pas si mal, non ?
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PS : hasard ou convergence, le
blog des éconoclastes vient de sortir un  article très intéressant sur le même sujet. Je vous en conseille vivement la lecture, et je ne résiste pas au plaisir d'en publier un petit extrait afin d'aiguiser votre appétit...

"A cela s'ajoute un autre élément notable : l'euro est devenu la forme d'argent liquide favorite du monde, devant le dollar : l'équivalent de 800 milliards de dollars, au taux de change actuel, contre 759 milliards de dollars. Cela provient en bonne part d'une très forte demande de billets de 500 euros. On jettera un voile pudique sur les activités économiques internationales qui nécessitent l'utilisation de grandes quantités d'argent liquide, avec de préférence des billets d'un montant suffisant pour mettre le plus possible dans un attaché-case"

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